Doit-on craindre une bulle immobilière à Québec ; que le prix des maisons chute dramatiquement ? C'est une question que se posent les propriétaires qui ont investi d'importantes sommes d'argent dans l'immobilier au cours des cinq dernières années.
Or, soyez rassurés, il n'y a pas de bulle à l'horizon dans la région de la capitale, déclare Marie-Élaine Denis, analyste de marché à la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL). Québec n'est pas à risque, dit-elle, contrairement à des villes comme Toronto ou Victoria où il s'est fait beaucoup de spéculations.
Toutefois, il pourrait y avoir stagnation et correction des prix d'ici quelques années en raison d'une très faible croissance démographique et du vieillissement de la population. Mais le facteur rassurant, c'est qu'on n'a pas de surplus de propriétés à vendre ou à louer, même si on constate un plafonnement pour la demande de condos.
Conférencière au colloque de l'Association des économistes québécois, Mme Denis a tenu à rappeler que les hausses annuelles de 14 % et de 15 % qu'a connues le marché résidentiel en 2002 et 2003 sont choses du passé. Selon les chiffres fournis par la Chambre immobilière de Québec, le prix médian d'une maison sera de 154 000 $ cette année, en hausse de 5 %.
Actuellement, les jeunes ménages sont très endettés, explique encore Mme Denis. Ils doivent se serrer la ceinture. D'ailleurs, la part de budget qu'ils consacrent au loyer atteint aujourd'hui 17 % alors qu'elle était de 14 % en 2002.
Or, pour s'attirer de nouveaux clients, les institutions financières bataillent férocement. Elles ont multiplié les produits hypothécaires. Il en existe plus de 160 aujourd'hui. «On a étiré l'élastique jusqu'au bout», croit Mme Denis. On en est rendu à offrir aux clients de ne payer que les intérêts de leur hypothèque ou encore de sauter un paiement. Mais il y a plus inquiétant. La Chambre immobilière rapporte que 20 % du volume d'affaires des agents est composé d'acheteurs qui. ne s'étant pas qualifiés auprès des caisses ou des banques, ont dû emprunter sur le marché parallèle à un taux plus élevé. Des propriétaires qui n'ont plus de marge de manoeuvre en cas d'imprévus.
Du côté de la revente des maisons seules, on est en route vers un marché équilibré, soit 10 acheteurs par vendeur, alors qu'il était de cinq il n'y a pas si longtemps. Ce qui aura une influence certaine sur les prix. On note aussi que la demande plafonne pour les copropriétés, d'où un recul prévu de 20 % des mises en chantier.
Secteur locatif
Quant au secteur locatif, le taux d'inoccupation à Québec sera de 2 % en 2006. Une bonne amélioration par rapport au creux de 0,3 % en 2002. Plus de loyers signifie aussi moins d'inflation sur les prix. La hausse moyenne prévue cette année se situe à 2,5 %. Donc, un répit pour les consommateurs, qui avaient subi des augmentations moyennes de 4,5 % en 2004.
Lise Fournier
La Presse |